Parole - Français - Résistants

L'A 51, Aix Gap Grenoble, pas prêt d'être terminée.

L’A 51

 

Les Conteurs dans le secret des Dieux

 

L’EXTRAVAGANTE HISTOIRE DE L’AUTOROUTE

AIX-GRENOBLE

LORS DE SA TENTATIVE DE CONQUETE DU PAYS GAPENCAIS.

Ou la narration par un Serrois, d’un épisode savoureux ayant égratigné les consciences des Hauts Alpins.

 

L

a poésie ne peut se désolidariser du conte. Pour rendre ineffable un récit, il est nécessaire que le conteur s’acoquine gaillardement avec la rhétorique. Figures de mots, de construction ou de pensée habilleront les phrases pour les rendre savoureuses et permettre à chacun de se pencher en souriant sur cet événement qui se termine d’une manière inattendue.

 

Bien que l’on puisse permettre à l’histoire de démarrer quand bon nous semble, nous lui attribuerons l’année 1989.

 

Partit de la ville de Gap, après une réunion houleuse sinon perturbée, une nouvelle stupéfiante et inédite. Les échevins de cette même ville, s’appuyant sur les représentants du Conseil Général, aidés par un talentueux député, venaient d’informer les citadins d’un plan formidable de désenclavement du territoire.

 

La nouvelle, durant de longues années, allait faire couler beaucoup d’encre, de venin et de hargne. On voulait à tout prix désenclaver et certains politiciens n’hésitaient pas à ranger fermes et fermiers, clapiers et étables, dans les placards de l’oubli et de l’inutile. Une insulte au passé, un croc en jambe à nos valeureux aïeux.

Si tous ces crétins de politique, bourgeois compris, n’avaient point dépassé les limites dans le profit, ainsi que le conseillait l’église au XI siècle, il n’y aurait jamais eu de véritables richesses donc jamais de guerres. Les fermes conserveraient encore aujourd’hui leurs lettres de noblesse, salle de bains, chauffage, isolation et eau courante en sus.

 

On a d’ailleurs pu voir, toujours vers 1990,  grâce à de magnifiques dessins, d’immenses plateaux posés en équilibre sur les massifs, maintenus par des perches cyclopéennes, sur lesquels s’alignaient fermes et églises. Sur ces territoires, se déplaçaient sans se soucier de l’altitude et des terres rapportées, des paysans sur leur tracteur, tandis que montaient des étroites vallées des rumeurs inhabituelles.

 

Il s’agissait une bonne fois pour toute de se débarrasser du complexe de l’enclave et du juron à la mode : espèce d’enclavé ! Par la même occasion disparaîtrait,  un ornement semblable à celui des sioux à la différence près que le plumage venait d’innocents paons qui agrémentaient les lieux cossus. Aux dires des édiles, ce plumage que les naturels ne pouvaient discerner, sur leur tête, tant l’habitude était grande de se voir affubler de la sorte desservait les habitants de ce département à tel point que les étrangers au pays se gaussaient à qui mieux mieux d’un tel accoutrement.

 

Chose étrange, les sorciers et lutins opposés au projet – certaines mauvaises langues les qualifiaient d'identitaires dangereux, aujourd’hui on les auraient basculé dans la case du sectarisme – étaient les seuls à magnifier cette coiffure renommée incitant à la gaieté, représentant le symbole de l’indépendance, de la non-assistance, de la valeur de la culture, d’un patrimoine encore intact, jusqu’aux effluves qui se dégageaient des viandes, céréales et légumes lorsque ceux-ci cuisaient en harmonie sous la main experte d’un maître rôtisseur de Serres, messire Olivier dont le nom évocateur du relais, Fifi-Moulin, faisait à lui seul venir l’eau à la bouche.

La saveur des mets, les fragrances diverses dégagées par les noirs «  toupins » aux reflets intérieurs cuivrés, étaient telles, et si prisées, qu’un touriste même Belge ne pouvait que « s’empétouler » de divine manière lorsqu’il goûtait avec volupté l’agneau de Savournon, arômatisé au thym sauvage de Saumane, à l’endroit où une main secrète dispensait à la plante les senteurs les plus extraordinaires. Une sorte de trait d’union entre le ciel et la nature, Dieu et les hommes, la viande et les haricots verts.

 

Les sujets de la grande localité paraissaient soumis et souvent anesthésiés par la trop souvent respectée Majesté Economie qui promettait très rapidement écus sonnants et trébuchants, dès le passage de l’autoroute, vers l’escarcelle des propriétaires d’enseignes commerciales, tout en omettant de remettre aux mêmes personnes le revers de cette monnaie.

 

Ces sujets ne prêtaient l’oreille, information unilatérale oblige, qu’aux exclamations d’une véritable furie masculine à la voix braillarde à l’intonation parée du burlesque du clown ou du comédien de quartier. Il doit être mort aujourd'hui terrassé par des repas pantagrueliques.

 

Il n’y en avait que pour lui, lorsqu’il collait, d’un ventre avantageux, aux fesses du garde champêtre, qui lui ouvrait la voie et la possibilité d’haranguer la foule par un solennel roulement de tambour. Prince du boniment, ne vendait-il pas du tissu , il arrivait à séduire.

 

Incroyable mais vrai : faites monter une bique douée de la parole sur une table et vous assisterez au spectacle le plus étrange de la création : les humains applaudissant la bête. A la tête d’une corporation de marchands drapiers le baratin de ce stentor aveuglait les mêmes sujets qui ne savaient plus à quel sot ou malsain se vouer.

 

Que penser d’un tel projet ? Perdre l’ornement et ramasser monnaie ? Garder le plumage mais galérer  ou rester dans une croissance modeste? Le nœud était Gordien on manquait d’Alexandre. Il fallait trancher.

 

Les habitants de ce département s’entendirent comme larrons en foire pour déclarer avec une désarmante bonhomie : « la big-route d’accord, mais à la condition expresse que cette voie ne passe surtout pas, par leur potager ».

 

L’un des principaux protagonistes de cette entreprise colossale, davantage maire que procréateur d’un projet, venait de perdre à l’écoute de ce verdict non seulement sa coiffure, elle lui allait si bien, mais en outre le bon sens coutumier venu de ses aïeux.

 

La furie vociférante, dont nous avons parlé tout à l’heure, dépassée par la bêtise et l’attrait de pourboires royaux, venait de transmettre au représentant du peuple un défaut courant à l’époque, la mégalomanie.

 

Alors, des projets plus fous les uns que les autres naquirent. D’habiles et  intrigants personnages virent d’un bon œil le ruban d’asphalte déambuler dans la rue principale de Gap au milieu des chalands, badauds, et même cracheurs de feu. Ce même ruban indécent, licencieux, pervers devait aller lécher les dessous de dame Cathédrale. Il lui serait loisible de flirter en outre avec les grosses boules de fonte de la rue Carnot qui n’en finissaient pas de frémir car elles se sentaient à plus d’un titre, non seulement novices mais intruses et casse-sexes. Chacun sait d’ailleurs pourquoi. Combien d’altiers citoyens, loin d’être ivres, s’y démolirent le portrait. Certains en se relevant, blessés dans leur dignité et attributs, lançaient un poing rageur vers la mairie. Peine perdue, le roitelet de l’auguste citée, revenait en maître après chaque élection. L’Alpin n’a sûrement pas la rancune tenace. Seule l'étiquette compte, on est de droite ou de gauche, quand bien même, si à l'Assemblée nationale il n'y a plus d'hémicycle mais des strapontins, les uns derrière les autres. Les premiers logés, saisissent, comprennent ou pas, les autres s'en remettent aux premiers placés. Souveraineté du peuple exclue de leurs penchants profiteurs et de leur soumission.

 

Figurez-vous que pour augmenter l’imbroglio, le noir ruban surdimensionné, prétentieux, arrogant, vicelard hésitait à prendre la direction de la capitale régionale. Il faisait la moue, et à la manière d’un vieil ivrogne, titubait avec un penchant affectueux pour la rivière de sa vie dont les deux bras langoureux se réunissaient à Serres.

 

La colère, l’agacement marquaient le visage des habitants de cette localité qui ne désiraient à aucun prix d'une telle aliénation. Les Serrois sont de rudes montagnards moyens. Anarchistes à leurs heuresmaîtres chez eux, ils élisent un "Roy" et sont par la suite chouchoutés par les autorités. On passe l’éponge sur leur indiscipline, les stationnements abusifs, leurs parlotes au beau milieu de la rue, n’hésitant pas à bloquer la circulation si le besoin d’informations se fait sentir, parlant de la goutte d’eau qui fait déborder le vase et  influence notablement la sortie du parapluie.

 

L’un d’entre eux, grand comme un jour sans pain, semblable aux maisons des vieilles rues qui n’en finissent pas de s’étirer comme pour gober le soleil, eut une réflexion remarquable, après quoi il se mit à souffler comme une otarie. L’effort d’analyse faillit lui être fatal.

 

Il venait de se rendre compte qu’il est hautement improbable qu’un manant puisse entretenir un château, à moins qu’il ne s’allie au notaire du coin. A sa façon, il disait qu’une autoroute ne se concevait qu’en fonction d’un trafic très important. Encore  un super vacciné (à ses dires), une paille au derrière  l'étranglant à tout instant, un prosélyte de ceux qui usent le soleil. Un dernier détail, des poches flasques sous les yeux soulignant l'usure prématurée de ces reins, asphyxie précoce due sans doute à son tempérament lymphatique, son caractère débonnaire. Les Serrois le reconnaîtront sûrement.

 

Les conversations dans les chaumières allaient bon train. Les patriarches déclaraient sur un ton péremptoire que la grande artère allait entraîner pollution, désertification puis, patin, couffin et traversin, abréger la vie pépère et peu stressante qu’ils avaient si longtemps connue.

 

Les alliances ne cessaient de se faire et se défaire. Les représentants du peuple, n’hésitaient pas par instant à faire passer la grande casse sexe, sous le grand croquet du col Bayard, traversant les montagnes comme dans un jeu de société. On bâtissait avec la gueule quand bien même le ventre du bon papa des voisins aurait servi de tremplin. On argumentait, on supputait, on lisait les parchemins on s’invectivait on en venait même aux mains. On voulait que la capitale y perde son latin ! Pensez-vous ! Notre-Dame, en avait vu des choses et ce n’est pas à une vieille guenon que l’on apprend à faire grimaces. Les esbroufes des élus, leurs timides prestations relayées tous les huit jours par le canard du coin, faisaient rire la reine des cathédrales. Clochegap dans toute sa splendeur.

 

Un jour la nouvelle tomba comme une douche froide. Les Provençaux pourtant ont horreur de l’eau, à la première goutte de pluie, leurs parapluies s’ouvrent instinctivement. Ils n’avaient pas prévu cet événement. L’effet, sur les esprits les plus passionnés, fut catastrophique. Certaines mairies prirent le deuil, la petite capitale en tête ; une tête européenne roula dans le panier, tandis que dans le Champsaur et le Valgodemard des processions rendirent grâce à Dieu.

L’autoroute Aix - Sisteron ne passerait pas par les jardins des Hauts Alpins. Avant de rallier Grenoble elle transiterait par Constantinople.

 

Les Turcs aujourd’hui nous font la gueule. Ils n’apprécient pas nos disputes et l’octroi en leur « faveur » de ce cadeau empoisonné. D’autant qu’ils ont en mémoire que Babylone entretenait des jardins suspendus qui auraient pu, en contrebas, et sans problème, accepter cette fameuse empoisonneuse de la Liberté, indépendance si chère  aux Hauts - Alpins.

 

Dans ce grotesque changement, ceci pour conserver nos légumes c'était bien aller trop loin en distance, et remonter jusquà l'antiquité en Histoire. Cette dernière n'en est plus à un mensonge près.

 

DIEGO DER



10/11/2012
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